20 mai 2016

La Clef  aimerait revenir, l’espace d’un moment, sur le ramdam du dernier Gala des Oliviers, lors duquel, pour mémoire, un sketch a été refusé par les assureurs du diffuseur; La Clef souhaite non pas parler de la liberté d’expression, qui est un droit fondamental, mais aborder un aspect laissé de côté par la critique : la sexuation de la censure.

 Le sketch « censuré » de Ward et Nantel mais présent partout sur le Web après son passage au Bordel Comédie Club (cliquez ici pour le visionner) a été annoncé par le présentateur dudit Bordel comme un « moment historique »; on a les moments historiques qu’on mérite, il faut croire, puisque ce sketch, d’une indigence confondante, rate complètement sa cible qui consistait à dénoncer les atteintes à la liberté d’expression mais réactualise l’obsession et la cible numéro un des humoristes : les matantes. Les matantes, déplorent Nantel et Ward, empêchent les comiques de dire ce qu’ils ont à dire; les matantes sont les nouvelles décideuses en matière de matériel humoristique; même François Morency nous en a montré la représentante, au début du Gala en question, incarnée par Carmen Sylvestre.

Mine de rien, cette surenchère autour de la matante (on parle très peu des mononcles) cristallise une figure féminine comme cerbère de la moralité et de la rectitude politique. Ce n’est pas innocent.  La matante est d’abord une femme;  c’est une personne automatiquement haïssable, dépassée, qui s’offusque d’un rien, qui crie au scandale pour une joke de pet. Les humoristes, revenez-en; La CLEF vous rappellera que c’est très majoritairement les femmes qui achètent les billets de spectacles. Si les matantes n’existaient pas, bon nombre d’entre vous n’auraient pas de carrière.

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12 janvier 2016

Sexisme ordinaire au Festival international de la bande dessinée d’Angoulême : 30 auteurs ont été nominés pour le Grand Prix du Festival, mais aucune femme ne fait partie de la liste. Plusieurs auteurs masculins en lice pour le Grand Prix ont choisi de retirer leur candidature, dans un geste de solidarité avec le « collectif des créatrices de bande dessinées contre le sexisme » qui appelle au boycott de l’événement. Depuis l’éclatement de cette polémique, le Festival d’Angoulême a tenté de rectifier le tir en ajoutant le nom de 6 auteures à sa liste de nominations pour le Grand Prix.
Un compte-rendu plus complet des faits saillants est disponible sur le site Web du Bibliobs, vous pouvez y accéder en cliquant ici.
D’ailleurs, si vous avez un compte Twitter, vous pouvez participer à la discussion en cherchant le mot-clic #WomenDoBD. Ce faisant, vous trouverez plusieurs articles et illustrations en lien avec la polémique.

05 juin 2015

Il y a, encore de nos jours, assez peu de rôles intéressants pour les actrices vieillissantes à la télévision. Et quand un personnage féminin drôle, irrévérencieux se pointe, on le confie à … un homme. Ainsi, l’émission Madame Lebrun nous présentera Benoît Brière au sommet de sa forme, nous dit-on. La CLEF ne doute pas un instant du talent de Monsieur Brière et comprend bien que ce choix reconduit celui de l’émission britannique originale mais ne peut s’empêcher de tiquer un peu et de faire quelques constatations:

1. Un nombre intéressant de femmes comiques sont en fait des hommes : Priscilla (Jean-Michel Anctil), Môman de La petite vie (Serge Thériault), la petite vieille jouée par Dominique Lévesque, l’animatrice de Politiquement Colette (Pierre Brassard), pour ne nommer qu’elles, au Québec.

2. Les hommes travestis en femmes sont toujours perçus comme plus drôles que les femmes travesties en homme (voir les travaux de Mary Russo, The Female Grotesque).

3. Pourquoi est-ce si difficile de comprendre qu’une femme qui endosserait un personnage féminin iconoclaste changerait un peu, beaucoup, le paysage humoristique global???? Rappelons-nous la meuchante de Marie-Lise Pilote…

https://www.youtube.com/watch?v=tXPdHwFvzyU

1 avril 2015

La CLEF a décidé de cesser ses activités.

Poisson d’avril ! Non, l’émission Tout le monde en parle du dimanche 29 mars a convaincu la Clef qu’il fallait continuer. En effet, on y a interviewé des humoristes, tous masculins, qui ouvrent « Le Bordel », à Montréal, un cabaret d’humour. À la question : « Pourquoi seulement des gars ? », ils ont éludé la question, se contentant de dire que Kim Lizotte avait « chialé » à ce propos mais, que, de toute façon, « elle chiale tout le temps ».

Le fait de savoir qu’il y aura, quelquefois, par hasard, des femmes invitées ne suffit pas à la Clef qui voit dans ce lieu d’humour essentiellement masculin une manifestation supplémentaire du Boy’s Club en humour.

21 novembre 2014

La CLEF s’interroge sur la récurrence du pole dancing dans l’imaginaire des humoristes femmes :

  1. Lise Dion (Québec), dans son dernier spectacle, en fait un numéro (cachée par un paravent, en ombre chinoise, ce qui donne à conclure en toute perspicacité que c’est une autre personne qui danse)
  2. Nabila Ben Youssef (Québec) nous montre comment le pole dancing peut être un éteignoir de concupiscence lorsque comparé à la danse du ventre
  3. Florence Foresti (France) engage des athlètes professionnelles pour montrer que l’exercice est en fait un sport en soi
  4. Elisabeth Buffet (France), auto-ironique, assume le caractère érotique de la performance dans un spectacle entièrement consacré à la sexualité avec, en prime, cette remarque suave : je suis obligée de le faire moi-même parce que je n’ai pas les moyens de Florence Foresti.

Que conclure de ce leitmotiv? Le pole dancing, par son statut hybride d’exercice physique et d’instrument érotique, intrigue, fascine, frappe l’imagination.

07 octobre 2014

Jean-Marie Gourio vient de publier Le Grand Café des Brèves de comptoir (Robert Laffont, col. Points), une autre édition de propos involontairement comiques qu’il glane dans les cafés. Philippe Brochen, du journal Libération, demande à l’auteur qui est le client-auteur type de ces éclairs :

«Essentiellement des hommes qui travaillent dehors et sont donc en mouvement. Des gars du bâtiment, des chauffeurs de taxi, des mecs de marché, des flics… Pas des employés de bureau sédentaires.» Avec toutefois des exceptions : «Parfois, quand le comptoir fait parler des banquiers comme des ouvriers, c’est la parole du père, du grand-père qui remonte.»

http://next.liberation.fr/cinema/2014/09/22/jean-marie-gourio-in-bistrot-veritas_1106290

La Clef constate que l’ouvrage, hilarant par ailleurs (« Proust, on s’en souvient surtout parce que personne le lit », p.39), est encore uniquement masculin. Comme si les cafés ciblés par Gourio étaient des fiefs fréquentés exclusivement par les hommes. Où faudrait-il aller pour trouver la même candeur dans les conversations féminines ????